C’est donc fait ! Ou presque… La partie haute (celle à proximité de l’église Saint-Jean) pourrait, peut-être, si le vent souffle du bon côté, devenir piétonne. C’est en tout cas ce que semble indiquer, avec beaucoup de prudence, l’adjoint chargé du rebouchage des trous, monsieur Mandelli : « Il y a déjà eu une réunion de concertation lors de laquelle on a présenté les travaux à venir sur la rue aux commerçants et riverains, ils souhaitaient qu’on en profite pour qu’il n’y ait plus de circulation. Mais on va faire valider cette idée par d’autres réunions. On présentera ensuite à la fin de l’année un projet de requalification pour le haut d’Urbain IV, comme on l’a fait par le passé pour Zola et le reste » [1]. Rien n’est donc totalement acquis même si on voit mal comment un flot de voitures pourrait désormais emprunter cette voie et cracher leur gaz d’échappement le long d’un monument, l’église Saint-Jean, fraîchement rénovée.
En vérité, rien de vraiment nouveau sous les pans de bois. Déjà évoqué il y a quelques années, lors de la rénovation de la place du marche au pain, cette piétonisation ne viendrait que confirmer ce qui paraît aujourd’hui comme une évidence. Pas de quoi sauter de joie devant un improbable coming-out écolo de nos élus. Bien au contraire, la prudence de l’élu souligne la difficulté d’entrevoir la circulation en ville autrement que par la sacro-sainte bagnole.
Mais l’essentiel est ailleurs. Si d’une manière ou d’une autre la reine-auto se fera rare sur cette voie, la qualité de la requalification, qu’évoque très vite l’adjoint responsable des pavés, peut fortement influer la nature des déplacements.
Quelques erreurs à ne pas répéter
On garde ainsi en mémoire les réalisations des rues Clémenceau et justement Urbain IV (dans sa partie basse). Si l’esthétique « façon étrochey » prête assez peu à la critique (on peut tout de même regretter l’excessive minéralisation), il en va différemment de la réalisation proprement dite.
Les trottoirs trop hauts et l’importance du stationnement latéral posent d’évidents problèmes pour le piéton qui aurait l’idée saugrenue de vouloir traverser la chaussée. Ici, le passage d’un trottoir à un autre relève davantage du parcours d’obstacles, du gymkhana. Et nous sommes pourtant en zone 30… De fait, la configuration générale, avec cette « tranchée » où circulent les voitures, rend ces dernières prioritaires sur le piéton ou le cycliste aventureux.
Les requalifications des rues Zola, Colbert et Colonel Driant ont tiré parti de ces erreurs. L’ensemble a été conçu comme un « plateau », d’un seul tenant. Plus de trottoirs sur-élevés, moins de stationnement. Bref, un vrai soucis de redonner sa place au piéton. Ce n’est certes pas encore l’espace partagé, la zone de rencontre dont on peut rêver et qu’on voit se développer peu à peu. Mais c’est tout de même un net progrès.
Malgré ces efforts, le vélo reste le parent pauvre de ces aménagements. A croire qu’aucun élu n’imagine la petite reine comme un mode de déplacements à part entière… Au banc des accusés : les pavés. Grossièrement installés, souvent disjoints, ils condamnent le cycliste masculin à l’abstinence sexuelle en cas d’utilisation prolongée. Lors de ces requalifications, personne n’a manifestement imaginé que des vélos emprunteraient les rues du Centre-Ville. C’est dire l’absence de prise en compte de cette problématique dans la politique municipale des déplacements. Il existe pourtant quelques techniques qui permettraient d’amoindrir ces chocs testiculaires et rendre plus confortables le parcours du vélocipédiste. Par ailleurs, rien n’oblige notre belle ville à paver toutes ses rues.
Quelque soit le statut qui sera donné à cette partie de la rue Urbain IV, la qualité des aménagements sera essentielle. Saura-t-on tirer les leçons des erreurs passées ? Prendra-t-on en compte toute la diversité des modes de déplacements ? Ce sont là les clés d’un aménagement réussi et durable.






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