Dans la petite ruelle étroite de Larivey, il y avait réunion de malfaiteurs ce jeudi 4 septembre. Il ne s’agissait pas d’abolir les privilèges, ou de commémorer ce jour glorieux, mais d’inaugurer le nouvel arrivage d’artistes – 7 sur 7 semaines – sélectionnés par l’association qui pilote la galerie éponyme.
Du beau monde, troyen pour l’essentiel, hommes en chapeau, vêtus de sombre, femmes en robes, jupes blanches ou pantalon, se saluaient, ou s’observaient du coin de l’oeil. Avec mon compagnon, nous nous sommes enquis de qui avait écrit le scénario de la soirée, mais nous n’avons pas trouvé. Nous soupçonnons cependant un grand escogriffe aux cheveux gris, gilet et chemise blanche, connus de vous lecteurs sous le nom de Noorbergen.
Aux murs des toiles, petits ou grands formats, figuratives pour la plupart : des portraits aux traits effacés, d’inspiration baconienne, accompagnés d’une pile de petites boites à bonheur. 15 euros la boite, le bonheur n’est pas cher de nos jours. A n’ouvrir sous aucun prétexte, sinon il va filer. Des répliques cocasses de tableaux connus (La Joconde, le Cri de Munch etc) aux allures bédéesques signés de Gwenaelle Dussillos (celle qui vend le plus). Des bustes hyper-colorés, design plus que plastiques, dont la paternité revient à Luigi Barrocci, l’italien de service que nous ne verrons pas. Tout au fond, les étranges équipages de Monique Luyton : son navire de cordes et d’écorce baptisé Exils, et son armée de cocns et de sylves, créatures mythiques sorties des forêts le temps d’une exposition. Dans les brouettes, celles que la galerie met à disposition des artistes pour promener l’art dans la ville, quelques attardés du précédent Arrivage : les sculptures anthropo-synthétiques de Christian Thomas ou les paysages-peintures de Guérin. Pour les découvrir, eux et les autres, passez donc rue de Larivey l’après midi, quand vous avez cinq minutes. .
Côté réjouissances, il y avait de quoi : un groupe dont j’ai oublié le nom anima le début de soirée. Les Arts en scène, qui co-occupe l’espace annoncèrent le programme de leur formation, deux soirs par semaine. Plus tard, un joueur de Oud (cette espèce de cythare raccourcie) joua en sourdine pour des convives qui ne lui prétêrent qu’une oreille distraite. Il fut rejoint par le grand escogriffe, qui en sa compagnie rescussita le fantôme d’Henri Michaux. Une fois le silence obtenu, il déclama, fort bien, le « Je contre » du poète. Le texte fit son effet. Aux dernières rimes, nous étions pris dans le noir désespoir. Mais la vie est toujours plus forte. Elle s’insinua dans la noirceur par le biais de trois enfants, dont les roucoulades vinrent soulager la pression. L’un d’un traversa la scène, jetant un regard étonné au grand escogriffe et au public, semblant dire « mais que faites vous dans notre salle de jeu ? ». Le second poème « Emportez moi » emmêla ses rimes aux notes du Oud. Dans la caravelle nous nous sommes tous enf[o]uis…
Je n’oublie pas le buffet : vins et jus de fruits, et des cakes, pizzas, tartes maison, faits par quelques mains féminines dévouées à l’art. Hmmm je ne vous dit que ça.
La soirée s’acheva au Parfum de Chine, restaurant chinois gastronomique qui mérite cet adjectif. Autour d’une grande table, artistes (presque tous) et organisateurs, satisfaits du travail accompli, se restaurèrent. Des « on aurait du faire ça comme ça » et « la prochaine fois, on évitera… », les conversations dérivèrent sur d’autres sujets. Souvenirs, souvenirs, j’appris ainsi l’existence de Radio des Poumons, fréquence pirate avant que de devenir libre dans les années quatre vingt. Les fumeurs désertèrent la table, pour assouvir leur vice, puis chacun reprit son chemin. Allez , salut, à un de ces jours sur les rivages de l’Arrivage.






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